lun. Déc 9th, 2019

La religion mène-t-elle à la violence ?

Les exécutions sauvages de l’État islamique et l’assassinat à glacer le sang de 132 enfants au Pakistan par un commando taliban ne semblent être que les exemples les plus récents et terrifiants de cette loi générale.

Les messages de paix, de partage et de recueillement abondent dans le temps des Fêtes. Les grandes religions en profitent naturellement pour mettre les principes rassembleurs et contemplatifs de leur tradition en valeur.

Qu’à cela ne tienne, plusieurs croient que la religion est foncièrement violente. La croyance en un Dieu tout puissant ou à des forces surnaturelles, et les articles de foi dont sont faites les doctrines religieuses, mèneraient nécessairement au dogmatisme, à l’intolérance et à la violence.

Les exécutions sauvages de l’État islamique et l’assassinat à glacer le sang de 132 enfants au Pakistan par un commando taliban ne semblent être que les exemples les plus récents et terrifiants de cette loi générale.

Karen Armstrong, sœur défroquée maintenant historienne des religions, a fait du rapport entre la religion et la violence le sujet de son livre Fields of Blood : Religion and the History of Violence, dont j’ai eu la chance de discuter avec Marie-Louise Arsenault et le théologien Olivier Bauer à l’émission Plus on est de fous, plus on lit.

Armstrong souhaite examiner deux assertions courantes au sujet de la religion et de la violence.

La première affirme que la religion est intrinsèquement ou nécessairement violente. La seconde avance que les religions ont été la cause des guerres les plus meurtrières.

Sans surprise pour quiconque s’intéresse à la question, elle réfute aisément ces deux affirmations.

Elle part d’abord du constat qu’il n’est pas possible d’élaborer une définition universelle et parfaitement inclusive de la religion. En effet, lorsqu’on tente d’identifier les propriétés essentielles de la religion, on généralise habituellement de manière abusive, à partir d’une religion ou d’une gamme limitée de confessions.

En Occident, la religion est souvent définie comme un ensemble de croyances et de pratiques qui relient la personne pieuse à son Dieu, ainsi que les croyants entre eux.

Cette conception a le défaut de ne convenir qu’aux trois grands monothéismes abrahamiques. Les spiritualités autochtones, l’hindouisme, le sikhisme, le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme sont, à plusieurs égards, différents des religions du livre. Une définition véritablement universelle de la religion devrait être capable de faire une place aux traditions non théistes, panthéistes et polythéistes.

Sachant que le concept d’ahimsa (non-violence) occupe une place centrale dans l’hindouisme et le bouddhisme, que la tradition chrétienne compte son lot de mouvements pacifistes — dont les quakers et certaines communautés anabaptistes — et que des figures exemplaires comme Gandhi et Martin Luther King ont puisé dans la religion une partie de leurs convictions morales et politiques, il est bien difficile de soutenir que la bellicosité est une propriété incontournable de la foi religieuse. La foi peut mener à la lutte pour la paix et la justice aussi bien qu’au fanatisme et à la persécution.

La deuxième croyance qu’Armstrong conteste, c’est-à-dire le jugement selon lequel la religion est à l’origine des conflits violents les plus importants, est de nature historique plutôt que conceptuelle. Elle est aussi plus facile à réfuter. Une connaissance sommaire de l’histoire de la violence nous permet de l’écarter rapidement.

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