dim. Fév 23rd, 2020

JONATHAN EVANS, VICE-PRESIDENT DE BP revient à la charge sur l’Exploitation du GAZ

Dans un long entretien paru sur le site internet du journal «Jeune Afrique», Jonathan Evans, vice-président de Bp Exploration, a abordé de nombreux points relatifs à l’exploitation du gisement de gaz au large du Sénégal et de la Mauritanie. Il a aussi exposé les enjeux de ce projet pour son groupe et les deux pays.

En 2022, les premiers m3 de gaz devraient sortir du gisement Grand Tortue/Ahmeyim au large du Sénégal et de la Mauritanie. Et tout porte à croire que cette échéance sera dans les clous. Le vice-président pour l’Afrique de la branche exploration de Bp, Jonathan Evans, impliqué dans ce projet depuis les origines, pour avoir participé aux premières discussions avec Kosmos Energy, l’a réaffirmé avec force dans un long entretien avec «Jeune Afrique». Cette interview est parue, lundi 21 octobre, dans la version internet du journal panafricain. «Nous sommes dans les temps ! L’infrastructure est déjà en cours de construction. Au Sénégal, nous avons sécurisé un terrain au sein du Port de Dakar pour y assembler les caissons du futur port flottant où s’arrimeront les navires venus charger le Gaz naturel liquéfié (Gnl). Et en Mauritanie, nous exploitons une carrière destinée à fournir les roches pour le brise-lames protégeant ce même port flottant. Quant à la barge de production de Gnl, elle est en cours de fabrication en Asie», a-t-il assuré. En ce qui concerne la formation des ingénieurs et techniciens locaux, M. Evans a fait savoir que la campagne de recrutement a déjà commencé et qu’à ce jour, ils ont déjà reçu plus de 4 000 candidatures venant des deux pays. A l’heure actuelle, 50 ingénieurs au Sénégal et en Mauritanie, à raison de 25 dans chaque pays, ont été recrutés et leur formation va bientôt débuter et d’autres promotions suivront, selon lui.

La barge de production de Gnl est en cours de fabrication en Asie

Après avoir racheté la majorité des parts du projet à l’américain Kosmos Energy en décembre 2016, le découvreur du gisement, la major britannique Bp prévoit d’investir plus d’un milliard de dollars pour la première phase du projet et «plusieurs autres milliards de dollars» pour les suivantes, sur une durée d’exploitation de trente ans. Si Bp a consenti un investissement aussi lourd dans les projets gaziers menés au Sénégal et en Mauritanie, c’est parce que, d’après son vice-président, l’entreprise veut faire de cette région sa nouvelle base en Afrique. En effet, a-t-il révélé, d’ici à une dizaine d’années, la production au Sénégal et en Mauritanie dépassera celle des deux bases africaines historiques de Bp que sont l’Egypte, où le major britannique a une production importante depuis cinquante-cinq ans, et l’Angola où il est présent depuis trente ans, mais dont la production d’huile décline, car issue de champs vieillissants.
Interrogé sur les particularités du projet de Grand Tortue/Ahmeyim, Jonathan Evans a souligné qu’il est singulier «à plusieurs égards». D’abord, pour Bp, il s’agit du premier projet de liquéfaction de gaz issu d’un gisement ultra-profond (à plus de 2 000 mètres sous le fond marin). Ensuite, parce que c’est un projet binational et transfrontalier. «Nous avons déjà mené des projets sur une frontière, notamment en mer du Nord, entre le Royaume-Uni et la Norvège, mais c’est la première fois que nous le faisons sur le continent africain».

Pour la première phase, 250 MW d’électricité seront produits pour chaque pays

Au-delà des retombées financières, l’autre grande interrogation que soulève la future exploitation du gaz, c’est la part de la production qui sera réservée à la demande locale pour produire de l’électricité. Sur la question, le vice-président de Bp s’est voulu on ne peut plus clair. «Nous prévoyons de produire pour la première phase autour de 500 millions de pieds cubes par jour. Sur ce volume, 70 millions de pieds cubes iront à la production électrique des deux pays, soit 35 millions de pieds cubes pour chacun. Cela devrait permettre la production de 500 mégawatts d’électricité à raison de 250 mégawatts dans chaque pays, ce qui pourra couvrir largement les besoins électriques du pays. Cette quantité de gaz domestique pourra être augmentée au cours des phases suivantes, selon les besoins du pays», a-t-il détaillé. Pour le reste, Evans explique que «Bp apportera alors le gaz aux deux pays, via un pipeline, jusqu’au brise-lames situé à 10 kilomètres de la côte, et chacun des États pourra mener lui-même son projet de centrale électrique».

«L’enquête de la Bbc est biaisée»

La question ne pouvait ne pas revenir sur la table : le reportage de la Bbc sur une supposée malversation financière liée à la transaction de Bp avec la société de Franck Timis et des responsables sénégalais. Jonathan Evans a juré qu’il n’en est rien. «Avant de valider l’opération avec cette société, nous avons mené scrupuleusement toutes nos opérations de due diligence destinées à lever les risques sur les plans légal, financier et éthique, et nos critères de validation ont tous été respectés», a-t-il expliqué dans les colonnes de «Jeune Afrique». Il s’est dit «très surpris» de la diffusion de l’enquête de la Bbc qu’il estime «biaisée» car mettant en avant des chiffres erronés qui montrent, en passant, «une mauvaise compréhension de la manière dont fonctionne notre industrie». Dans la même veine que Geraud Moussarie, directeur de Bp Sénégal, qui avait fait une sortie à l’époque, Evans a souligné que la somme des royalties potentiellement payées à Frank Timis Corporation correspond à moins de 1 % des revenus que l’État sénégalais va percevoir de l’exploitation du champ de Grand Tortue et que c’est Bp qui les prend en charge.

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